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Geschichte | Produktion | Konsum | Wirtschaftliche Bedeutung | ... anderes | Literatur
Die Texte zu den Produkten sind in der Regel in der jeweiligen Landessprache abgefasst
Produkt aus dem Inventar des kulinarischen Erbes der Schweiz
www.kulinarischeserbe.ch
© Kulinarisches Erbe der Schweiz 2008
Crème double de la Gruyère / Greyerzer Doppelrahm
Produktionsepizentrum

Canton de Fribourg (et en particulier, district de la Gruyère).

Zutaten
Crème, épaississant (si UHT).
Beschreibung
Crème comptant au moins 45% de matières grasses, épaisse et onctueuse, produite à partir de lait de la Gruyère.
Variationen
La crème peut être soit pasteurisée, soit upérisée (UHT).
Lorsqu’on laisse reposer le lait entier après la traite, la crème finit par affleurer à la surface car elle est le composé le moins dense du lait. A l’époque où l’on prélevait mécaniquement la crème (ce qui est encore le cas dans les alpages), les couches supérieures, les plus grasses, constituaient la partie noble de la crème. Aujourd’hui, pour se voir attitrer le qualificatif de "double", une crème doit contenir au moins 45% de matières grasses; c’est du moins la définition qui prévaut en Suisse dans l’Ordonnance sur les denrées alimentaires animales (RS 817.022.108). La crème double produite en Gruyère en contient généralement environ 50%, ce qui lui confère son épaisseur et son onctuosité légendaires.
Geschichte

Nul doute que l'utilisation de la crème est aussi ancienne que la production laitière et fromagère, et à ce sujet la réputation de la Gruyère est attestée au moins depuis le 13ème siècle (voir à ce sujet les travaux de Bodmer et Ruffieux ainsi que de Morard). Toutefois les sources écrites antérieures au 19ème siècle sont muettes sur une éventuelle renommée de la crème produite en Gruyère.

Il faut sans doute rapporter l'importance de la crème dans cette région à l'importance de l'artisanat fromager, orienté sur la fabrication du Gruyère. Ce fromage étant partiellement écrémé, il est probable que l'habitude a été prise de prélever la couche supérieure de la crème affleurant sur le lait, qui est la plus concentrée. Les pâturages gruériens pourraient ainsi avoir fourni une crème reconnue comme particulièrement savoureuse. Elle est en tout cas digne de figurer dans les vers lyriques du Coraula du Moléson transcrit en 1822 par Franz Küenlin à la tour de Trême (FR):

"Venez, nous avons dans ce moment fait le fromage,
Mangez du bon schéré rôti,
Ou de la crème fraîche en abondance!
Venez vous remplir la panse (...)"
(Citée par Alfred Roth dans Aus der Geschichte des Schweizer Käses, 1970).

Le Valaisan Joseph Favre, chef de cuisine installé à Paris au 19ème siècle, est sans doute le premier à vanter la crème des Alpes suisses comme l'une des meilleures en Europe, aux côtés de la crème de Normandie ou d'Alsace. Colorée et aromatique, elle doit ses grandes qualités aux pâturages de montagne, affirme-t-il dans son Dictionnaire universel de cuisine pratique (1894). Il précise que la crème double est assurément la plus fine. Tout à son enthousiasme, il regrette que dans les montagnes de ce pays on ne transforme guère la crème en beurre: "Il est vrai que l'humanité entière perdrait dès lors les fromages suisses (gruyère, etc.) savourés sur tous les points du globe; mais, par contre, elle y gagnerait le meilleur beurre du monde." (formule 438). 

Le véritable essor économique de la crème double en Gruyère et dans tout le canton de Fribourg n'est certainement pas lié à la fabrication à l'alpage. Dans les régions de montagne, il y a peu de débouchés économiques pour un produit riche qui se conserve et se transporte mal. Quoi qu'en dise Favre, la fabrication de beurre apparaît plus rationnelle à certaines époques, encore que le commerce du beurre en Suisse ait connu des fortunes diverses au cours des 19ème et 20ème siècles. Le développement massif de la production laitière dans les vallées et en plaine, dès le 19ème siècle, a sans doute été plus déterminant.

L'économie laitière fribourgeoise acquiert peu à peu une force qui rend possible une production substantielle de crème, d'autant qu'au cours du 20ème siècle les améliorations génétiques tendent à faire produire aux vaches un lait de plus en plus gras. Toujours est-il que l'association entre la crème double et la meringue, ainsi que les ustensiles utilisés pour la servir (baquets, cuillers en bois sculptés) démontrent une insertion solide dans la société paysanne de la Gruyère et des environs (canton de Fribourg, Pays d'Enhaut vaudois). Il y a une vraie culture de la crème dans le canton de Fribourg. Et ce depuis un siècle au moins, si l'on en croit les témoignages que nous avons recueillis. Encore à l'heure actuelle, lorsque l'on demande de la crème dans une laiterie villageoise, on se voit en général servir de la crème double, la meilleure.

Produktion

La production de crème double par affleurement sur le lait et prélèvement à la main est résiduelle. Elle n'est plus pratiquée que dans certains alpages, où l'on peut la déguster.

Dans les fromageries artisanales et industrielles de plaine, le lait est tout d’abord placé dans un séparateur qui, sous l’action de la force centrifuge et du fait des différences de densité, sépare la matière grasse, donc la crème, de la matière maigre. Vient ensuite la standardisation, qui consiste à passer le lait maigre dans la centrifugeuse une seconde fois. Ce second passage permet de récupérer encore de la matière grasse.

Pour être commercialisée, la crème doit être soit pasteurisée, soit upérisée (procédé UHT), afin de favoriser sa conservation. La pasteurisation, généralement utilisée dans la production artisanale, consiste à chauffer la crème à 75°C durant 20 à 30 secondes avant de la refroidir à 30°C, ce qui permet d’éliminer les germes pathogènes.

Pour l’upérisation, la crème est chauffée à une température oscillant entre 135°C et 150°C durant 2 à 6 secondes avant d’être refroidie très rapidement à 20°C. L’upérisation tue toutes les bactéries présentes dans la crème. Ce procédé est généralement utilisé pour la production industrielle. Ce refroidissement brutal permet un gain de temps mais comporte toutefois un inconvénient: il empêche la formation de cristaux de matière grasse. Ces derniers donnent à la crème double de la Gruyère sa consistance épaisse et onctueuse tant appréciée. Lorsque les cristaux n’ont pas le temps de se former correctement, la crème est grasse mais très liquide. On ajoute alors un épaississant. La différence de traitement engendre également une différence de goût.

Une fois pasteurisée ou upérisée, la crème est conditionnée dans des boilles stérilisées qui seront stockées au réfrigérateur, à une température inférieure ou égale à 5°C. Elle est enfin conditionnée en portions avant d'être commercialisée.

Konsum

La crème double de la Gruyère est traditionnellement servie dans un baquet en bois, avec une cuiller en bois sculpté.

Sa consommation est fortement liée à celle des meringues. On en arrose ces dernières copieusement avant de les déguster. Le duo figure d’ailleurs au menu de la Bénichon. On le consomme au dessert, avec les beignets, les bricelets, les pains d’anis, croquets et les cuquettes.

Wirtschaftliche Bedeutung
Dans le canton de Fribourg, la crème double de la Gruyère est la crème par excellence. On la trouve dans toutes les laiteries. Lorsqu’un quidam entre dans une laiterie pour y demander de la crème, il se verra automatiquement servir de la crème double, sans avoir à préciser.
... anderes
Dans Les habitudes alimentaires de 1900 à 1950, Norbert Despont et Gilbert Monnairon nous racontent que "pour la petite histoire: tous les dimanches, les armaillis qui descendaient au village pour la messe, déposaient en passant devant la porte de Monsieur le Curé, un morceau de gruyère ainsi que de la crème dans une petite boille en bois. Ce geste symbolisait le remerciement pour les messes données en leur faveur, ainsi que pour les prières faites afin que la saison estivale se passe pour le mieux".
Literatur
  • Despond, Norbert Monnairon, Gilbert, Les habitudes alimentaires de 1900 à 1950, Charmey ; Bulle, 1992.
  • Jérémie Overney, L'histoire de la meringue d'Angélo Rime, gourmandise du terroir et tradition fribourgeoise, Ste-Croix, 2007.
  • Alfred Roth, Aus der Geschichte des Schweizer Käses, 1970.
  • Favre, Joseph, Dictionnaire universel de cuisine pratique, Omnibus, 2006.
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